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Nouvelle Gazette Novembre 1983


Ludovic De San et Noël Lee aux Beaux-Arts


Je connaissais Ludovic de San de nom sans jamais avoir eu l'occasion de l'entendre. Grave lacune comblée jeudi soir au Palais des Beaux-Arts. Je regrette vraiment de m'être privé aussi longtemps de ce plaisir. Le talent n'est pas toujours synonyme de succès retentissant et tapageur, pourtant ce baryton, professeur de chant au Conservatoire Royal de Bruxelles, directeur de l'Académie de Musique de Waterloo et directeur artistique du Festival de l'Été Mosan, s'est produit déjà dans toute l'Europe, au Moyen-Orient et en Amérique Latine.

Il faut dire aussi qu'à Charleroi la formule récital de chanteur est assez exceptionnelle.

Ludovic de San, spécialiste du lied, bien qu'il ait fait également de l'opéra, fait irrésistiblement penser aux plus grands interprètes du genre, et un peu en particulier à la finesse, à l'intelligence. au moëlleux d'un Dietrich Fischer Diskau. Le phrasé est remarquable, la voix ronde, jolie, souple, la musicalilté exemplaire.

L'ensemble de son programme exigeait surtout les qualités fortes et viriles qu'il possède. Beaucoup de mélodies très cadencées comme celles d'un Beethoven lui conviennent à merveille. Il offrit cependant flamme et sensualité à celles de Schumann, tandis que sa voix plutôt claire et légère jusque là se noircit admirablement dans « Le Roi des Aulnes » de Loewe, interpréta Lion dramatisée par une violence engagée, à comparer avec celle du chant écrit sur le même thème par Schubert, mélange de grâce et d'intensité dramatique (qui clôtura le récital).

Extrèmement convainçant dans les rythmes vifs et enjoués, le baryton s'intégra peut-être avec moins de subtilité dans l'athmosphère douce et intimiste (le Brahms bien qu'il sut traduire (le façon fort prenante le climat poétique et la tendresse caractéristique de Wolf (La Tombe d'Anacréon: délicieux morceaux, et Ganymède).

Tout au long du récital, on apprécia tout autant la couleur, le mordant, l'autorité, de son style, que son aptitude aux demi-teintes, comme d'ailleurs le doigté, les subtilités, la volubilité convaincue et convaincante de l'excellent pianiste Noêl Lee, qui sut apporter dans plusieurs pièces notamment dans «Prométhée » une profondeur impressionnante.

La deuxième partie, entièrement consacrée à Schubert, fut un régal. Ces lieder révélèrent successivement les inspirations, les états d'âme les constructions musicales les plus fins et les plus variés que Ludovic de San et Noël Lee restituèrent avec un talent égal.


Michel N'Diay.





Le Soir, décembre 1987

Ludovic De San, baryton, fête ses vingt ans de chant

Vingt ans de musique, vingt ans de récitais, vingt ans de scène, cela se fête. En décembre 1967, à Bruxelles, Ludovic De San donnait son premier récital; c'était le début d'une carrière qui allait très vite s'affirmer, tant en Belgique qu'à l'étranger.


Il a toujours eu une prédilection pour la mélodie française, c'est dans le rôle de Pelléas qu'il débuta a la Monnaie. Récemment, on a pu l'entendre, au Cercle Gaulois, dans le spectacle de Charles Kleinberg, « Ravel et ses poètes... ». C'est au Cercle Gaulois qu'il retourne, pour souffler les vingt bougies de cet anniversaire, en compagnie du merveilleux Dalton Baldwin.


- Vous souvenez-vous de ce premier récital ?


- Parfaitement bien. C'était dans la Rotonde du palais des Beaux-Arts. Il était organise conjointement par l'Atelier de Marcel Hastir, et par Etienne Everard, décédé depuis. Pianiste 1 amateur, cet homme étonnant témoignait d'une réelle passion pour le chant. De plus, de profonds liens d'amitié l'unissaient à mon professeur, Frédéric Anspach. Etienne, qui m'accompagna lors de ce premier récital, avait mis sur pieds dans le cadre des concerts de l'Atelier, une serie intitulée « Plaisir du chant... »


- Quel était le programme ?


C'était un programme varié, réunissant des compositeurs pour lesquels, pendant ces vingt ans, j'ai toujours conservé une rédilection. Des lieder de Schubert et de Brahms, et puis la mélodie française avec Fauré et Ravel. Du reste, pour le concert anniversaire, je vais reprendre les Mélodies de Venise de Fauré qui figurait au programme en décembre 1967, ainsi lue des lieder de Schubert. En ait, Schubert m'a toujours porté chance; il est pour moi, un compositeur fétiche.


- Vous veniez à peine de terminer vos études ?


- Oui ? absolument. J'étais frais émoulu du Conservatoire de Bruxelles, et je venais d'être couronné lauréat du Concours international Schubert à Vienne. Après, je remporterai aussi le premier prix au Concours international de mélodie française à Paris.


- Ce premier récital vous a-t-il réellement permis de démarrer dans la carrière ?


- Je pense que oui, car j'ai eu une excellente presse. Jacques Stehman était dans la salle, et il signa une critique très encourageante.


- Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?


- Assez curieusement, c'est pour l'opéra que l'on m'a tout de suite demandé. A vingt-cinq ans, je chantais Pelléas à la Monnaie, mon premier rôle à la scène. Cela m'a ouvert les portes de la France, car dans la salle, il y avait des impressarios et des directeurs de théâtres français. En fait, dès que l'on monte Pelléas à l'étranger, les Français -viennent toujours voir ce qu'on en fait, et si l'on ne trahit pas leur opéra « porte-drapeau ». A la suite de quoi, sans arrêt, pendant cinq ans, j'ai tourné dans tous les théâtres de France et de Navarre, avec les opéras de Mozart, avec Honneger aussi, et les opérettes classiques de Messager ou de Reynaldo Hahn. Après cinq ans, j'en ai eu assez, j'étais saturé par ce travail énorme.


- Vous avez abandonné l'opéra ?


- Je l'ai en tout cas mis en veilleuse pendant cinq ans. A ce moment-là j'ai eu la chance d'avoir répondu à un appel aux candidats au Conservatoire de Mons. Je dois ma nomination à la notoriété que m'avait apportée la France : j'y avais fait beaucoup de télévision, notamment dans les émissions de Pierre Petit. Et parallèlement à l'enseignement, j'ai repris le récital, notamment à paris, pour « les Amis de Fauré », en résence de Nadia Boulanger, de Jankélévitch, de Marcel Landowski... De même, pour les «Amis de Mozart», pour «les Heures musicales de Montmartre ». Par contre, à l'opéra et au théâtre, on m'a complètement oublié. J'avais une nouvelle étiquette, celle de chanteur de lieder.


Vous avez regretté l'opéra ?


- Pas du tout, parce que la vie d'artiste lyrique ne m'intéresse pasl'engrenage est tellement absorbant que l'on n'a pas le temps de faire autre chose, c'està-dire des récitals, de l'oratorio, des enregistrements. En ce qui me concerne, j'aime le changement et la variété. Je fonctionne dans la diversité.


- Vos multiples activités le prouvent. Professeur au Conservatoire de Bruxelles, directeur de l'Académie de musique de Waterloo, directeur artistique du Festival de l'Été Mosan...


- C'est la vie musicale belge, dans sa globalité, qui m'intéresse. Et je veux lui être utile, tant ar l'enseignement que par le estival que j'ai monté dans mon pays d'origine, le pays dinantais.


- Vingt ans de carrière, cela compte, mais c'est le passé. Quel est votre projet le plus immédiat ?


- D'abord la préparation de l'Été Mosan 1988, qui en sera à sa douzième édition. Et aussi, un enregistrement que Je prépare actuellement avec Dominique Cornil : la première intégrale des mélodies de César Franck.


- A ce concert anniversaire. vous serez accompagné par Dalton Baldwin, l'un des accornpagnateurs les plus demandés au monde...


- Oui, et cela me fait très plaisir. Notre amitié remonte à quatre ans. Il m'a entendu, lorsque je prenais quelques cours chez Gérard Souzay. Ensuite. il m'a invité à chanter à son Academie d'été de Royaumont, en Ile de France. Et l'été dernier, nous avons donné notre premier recital Il a accepté d'emblée d'être la pour cet anniversaire...




Propos recueillis par

CHARLES PHILIPPON.


Au Cercle Gaulois, le 15. à 20 heures. Aux Concerts de midi de la ville de Liège. le 17.







Bruxelles 3, 22 octobre 1987


Ludovic de San a fêté vingt ans de recital

Une soirée d'amitié au Cercle Gaulois


«Opus Trois » a réuni autour de Ludovic de San un vaste public et tout se vieux amis, à l'occasion du vingtième anniversaire de son premier récital. Faut-il rappeler qu'outre sa carrière de baryton, il a fondé le «Festival de l'été mosan», qui a pris sous son égide un remarquable essor, est professeur au Conservatoire se musique de Bruxelles, est directeur de l'Académie de musique de Waterloo.

Pour son gala au Cercle Gaulois. de San à réalisé un vieux rêve : être accompagné par Dalton Baldwin, partenaire régulier de Gérard Souzay, qu'il rencontra par l'entremise d'Étienne Everard. le pianiste avec qui il donna son premier concert. Dalton Baldwin est un pianiste magnifique, qui donne a sa partie mpagnement une valeur expressive presque autonome, tout en établissant une parfaite connection avec la voix..

Ce fut un concert chaleureux : Ludovic de San insista sur le tonus poétique et parfois même théâtral. des pièces interprétées. L'on apprécia une excellente voix, soucieuse de contrastes de timbre. de nuances vivantes, de tenues de belle qualité: mais on apprécia surtout un musicien, qui se peut concentrer sur le travail accompli. et créer un climat qui entraîne l'auditeur dans le sillage du compositeur et de l'auteur du texte.

Le «Schwanengesang» de Schubert, par exemple, fut décrypté comme un drame. comme une épopée. Les «Mélodies de Venise» de Gabriel Fauré sont d'une harmonie qui annonce les grands bouleversements de Debussy. Ludovic de San les énonce avec une clarté constante. On le retrouve toujours avec une joie particulière dans les mélodies de Francis Poulenc : les truculentes «Chansons Villageoises» bénéficièrent, cette fois, de son excellente articulation et d'une faconde habile à conter, à évoquer le rire. la farce, le clin d'oeil complice. Parmi les bis. «La Flùte Enchantées de Maurice Ravel permit d'entendre aussi le flûtiste Marc Grauwels. répondant au chant en un souple contrepoint.

Ce fut un grand succès et une chaude soirée d'amitié. Bon anniversaire, Ludovic de San, et que viennent encore de nombreuses années passées à la recherche d'un répertoire toujours renouvelé!


Marie-Paule CANTARELLA.







Aulne 1988

Le premier week-end a Aulne:

Dominique Cornil et Ludovic de San en

parfaite harmonie avec Schubert


Le « Juillet musical d'Aulne ». festival qui, dès sa création 9 y a deux ans. a concrétisé une volonté de donner des manifestations de belle qualité avec des interprètes de haut niveau sans jamais faillir à cette règle. s'ouvrit samedi soir par un concert de chorales. avec la Société de Chant de la Ville de Fribourg (voix d'hommes: direction P. Mayer) qui servit notamment Sibelius. Beethoven ( le célébre choeurs des prisonniers de « Fidelio » ) et Gounod (la marche des soldats de « Faust »). mais aussi Roland de Lassus et Poulenc. tandis que la Pastourelle (ensemble vocal mixte Capella) dirigée par Michel Paunet devait notamment interpréter un répertoire fin et exigeant allant du XVIe au XXe siècle.

On connut le dimanche après-midi un moment privilégié avec « Schubertiade ». un enchainement de lieder de Schubert. ayant trait au voyage. à l'évasion. a la séparation, à la nostalgie. thèmes traités par le père et le maitre incontesté de la mélodie allemande. traduits à travers les états d'âme les plus divers allant de l'enjouement à la véhémence tragique, en passant par la méditation subtile, le rêve visionnaire. au encore le mélange très caractéristique d'amertume et d'humour propre à celui qui devait mourir à 31 ans et pour qui - partir. C'est mourir un peu - était une expression particulièrement proche de son destin...

Le très agréable baryton Ludovic de San. responsable d'un autre festival, celui de l'Été Mosan (du 20 juillet au 15 août), donna une prestation remarquable en tout point. prouvant que Schubert (plu encore que Schumann J'an dernier où il ne montrait peut-être pas la même superbe assurance. et la môme pénétration aiguë des oeuvres trouve en lui un véritable spécialiste dont le style. les allures. certains accents font parfois penser à ceux du tout grand Fischer-Diskau. Il semble aussi que quelque chou des origines aristocratiques do ce chanteur belge raffiné. de sa diction et de son phrasé, noblesse générale qui évite cependant l'écueil de la préciosité. et qui illustre les sentiments successifs les plus contradictoires avec une grande justesse de ton, cle goût et d'effets. Une certaine retenue volontaire sur le plan de ces derniers fait parfois penser que sa jolie voix a un timbre un pou diaphane, et l'on est tout surpris. que pour servir d'autres passages. 9 puisse déployer soudain des couleurs Insoupçonnées. On admire notamment la beauté du timbre. le sens mus". l'art de prendre progressivement du volume et un parfait accord de sentiment avec la pianiste Dominique Cornil (brillante accompagnatrice quise met en valeur sans éclipser la chanteur) dans -Dos, Zügenglöcklein » la présence étonnamment Intériorisée de a Der Wanderer (Schlegel), la gaieté très mozartienne de l'interprétation de a Pilerweise . le fatalisme halluciné de celle de - Der Wegweiser m. la force commune de la voix et de l'instrument: dans - Ans Schager Kronos , une puissance que Dominique Cornil eut tendance à libérer de façon quelque fracassante dans la -Wanderer Fantasie -, pièce difficile pour piano clôturant le concert qu'elle dramatisa de façon impressionnante avec virtuosité et passion On apprécia aussi I'atmosphère délicate créée par le décor (calèche et fleurs et la présentation générale du' récital.

Signalons que le week-end prochain. on pourra entendre le vendredi 28 juin à 20 heures de jeunes interprètes lauréats du Concours National du Crédit Communal de Belgique. Ingrid Procureur, harpiste (dans des couvres de Haendel. Bernier, Grandiany. Damase. Hasselmans) et Véronique Moureaux pianiste (dans des prélude& de Rachmaninov. et Chostakovitch. et une sonate de Prokofiev).

Le samedi 29 juin à 20 heures. Aulne accueillera le célèbre guitariste Alexandre Lagoya et l'Academia Baroca Bruxellensis (direction Jean-Marie Quenon dans des oeuvres de Bach, Jean-Louis Robert Marcello, Paganini, Albeniz et Vivaldi

l'Academia Baroca Bruxellensis se Produira également la dimanche 30 juin à 16 h. 30. en compagnie des solistes Dominique Cornil pianiste et Lue Capouillez trompettiste (couvres de Mozart. Albinoni, André Pichart et Chostkavitch). La matin vers 11 heures aura lieu la messis des artistes avec la participation du - Petit Choeur des Rolandins - (direction Yves, Wuyts) qui interprétera ensuite du pièces allant de la Renaissance au Romantisme.

Michel N'Diay






La Libre Belgique, décembre 1988


Interpretes belges et une oeuvre mi-musicale, mi-littéraire


Charles Kleinberg, Ludovic de San et Jacques Genty . pour le temps de la Saint-Sylvestre





Johannes Brahms. « Die schöne Magelone». Charles Kleinberg, récitant; Ludovic de San, baryton; Jacques Conty, piano. (Pavane ADW7195).


Voici la douce histoire de la belle Maguelonne et de Pierre de Provence, le « Chevalier aux clefs d'argent ». Au long de quinze romances élaborées sur des poèmes de Ludwig Tieck, Brahms décrit le départ du héros, l'affrontement des dangers (dans le superbe « Traun Bogen und Pfeil sint gut für den Feind ... ), la rencontre (Pierre s'éprend de Maguelonne, fille du Roi de Naples), la fuite des amants vers la Provence, l'événement de type magique rappelant les « Mille et une Nuits » (Un corbeau ravit à la princesse Maguelonne le sachet de soie contenant les trois bagues de Pierre. Celui-ci s'élance à la poursuite de l'oiseau et s'égare en mer, est capturé par des pirates, se voit soumis au Sultan de Babylone). La fille du Sultan l'aime, occupe son esprit quelque temps (la « Chanson de Sulima » apparaît comme un des temps forts de cette fresque à la fois épique et sensibilissime). Mais Pierre quitte Sulima et règagne la Provence. Il y retrouve, par ce jeu hardi des hasards qui tissent toute légende, Maguelonne qui, dans une petite ile provençale, a fondé une chapelle (SaintPierre de Maguelonne) en laquelle elle s'est retirée et s'adonne à la charité. Les héros s'unissent, et Pierre fait ériger un palais merveilleux à l'endroit précis où il retrouva sa belle.


CONFIDENCE. Pour nous conter cette histoire, Charles Kleinberg, Ludovic de San et Jacques Genty ont confronté et conjugué leurs talents. C'est d'une belle voix grave et sobrement conduite que Charles Kleinberg tisse le fil littéraire de la légende. Ludovic de San applique son timbre de ferme texture, sa musicalité cultivée et très stylée à l'élément vocal, tandis que Jacques Genty, au piano, se comporte en soliste brillant et d'une fougue basée sur une impeccable conception intellectuelle du texte. Chacun des trois artistes assume son rôle à part entière. Les entrelacs mélodiques apparaissent vivement ponctués par la part descriptive que prend le piano à l'établissement des décors réels ou psychologiques du conte. Et le ton général adopté par le récitant invite à la confidence, à l'écoute attentive de cette légende musicienne autour du feu des fêtes de l'an neuf.

Nous entendîmes ces trois interprètes voici longtemps, lorsqu'ils exécutèrent l'oeuvre à trois pour la première fois, à Saint-Luc. Voici, de longues années plus tard, une gravure qui vaut son pesant de rêve pour les fervents de Brahms.


Marie-Paule CANTARELLA.





Classique, Février 1989


Récits mis en poèmes par Ludwig Tieck, poèmes mis en musique par Johannes Brahms, le cycle de lieder Die Schöne Magelone est en fait une véritable épopée miniature, un authentique roman de chevalerie, "la merveilleuse histoire d'amour de la Mie Maguelonne et du comte Pierre de Provence". Le Moyen-Age revu par le Romantisme en quelque sorte. Des événements, des atmosphères, des sentiments bien faits pour séduire le jeune Brahms qui élabora son cycle entre 1861 et 1868.

Respect de l'oeuvre et intelligence dominent cet enregistrement. Charles Kleinberg dit avec simplicité (et en français) les textes de liai-on qui permettent à l'auditeur non averti de suivre le déroulement de l'histoire. Ludovic de San et Jacques Genty détaillent (en allemand, bien sûr) avec musicalité les Romances de Brahms, variant les climats. servant la poésie, vivant les péripéties des héros. Autant que le chanteur. le pianiste sait être un acteur à part entière, comme le souhaitait Brahms.

Odile Martin


BRAHMS.Johannes

(1833-1897)

La Belle Maguelonne (Die Schöne Magelone),

15 romances sur des poèmes de Ludwig Tieck

Charles Kleinberg (récitant), Ludovic de San (bar).

Jacques Genty (piano)

Durée: 1 h 14mn 40s. Enr.: non précisé. AAD

Pavane Records ADW 7195 (Schott)




Conclusion: une interprétation vivante mais sobre, réussie.


Technique. la voix du récitant sonne chaude et colorée comme bien des voix de "speakers", et dans une autre acoustique que le reste. Le piano est solide et clair, un petit peu en retrait toutefois par rapport à la voix. Celle-ci est très présente (un peu trop?) et claire. L'ensemble manque un petit peu de finesse es de souplesse. (Léo Labie) 30 piages





Diapason, Avril 1990


CÉSAR

FRANCK

1822-1890



Intégrale des Mélodies: Souvenance, Ninon. L'Emir de Bangador. Le Sylphe. Robin Gray. L'Ange et l'enfant Aimer. S'il est un charmant gazon. Le Mariage des roses. Roses et papillons. Passez, passez toujours. Lied. Le vase brisé. Nocturne. Les Cloches du soir. Procession.

Ludovic de San (baryton), Dominique Comil (piano).

* Duchesne 111522-2, distribution Harmonie (CO: 140 F). Numérique: non précisé. Minutage: 1 h 06'.


Cette intégrale des mélodies de César Franck est effectivement une « première ». Bruno Laplante avait enregistré en 1978 L'Emir de Bangador, Lied, Le Mariage des roses. Nocturne la Procession, S'il est un charmant gazon et Le Vase brisé, couplés avec des mélodies de Guillaume Lekeu (Calliope). Ce disque n'étant plus disponible, restaient les quelques mélodies figurant dans les récitals de Victoria de Los Angeles (La Procession), de Germaine Martinelli (Nocturne), de Felicity Lott (S'il est titi charmant gazon Voici donc une initiative dont on devrait a priori se réjouir. S'il ne peut gommer (ce serait impossible) le caractère emphatique de certaines d'entre elles, Ludovic de San nuance avec intelligence ces pages où le génie de César Franck ne s affirme que dans la production tardive (Nocturne Les Cloches dit Soir, Procession), mais dont aucune, toutefois, ne laisse indifférent, même lorsque s'y décèlent des influences, particulièrement celle de Schubert.

Ce qui a manqué avant tout à César Franck c'est d'avoir su choisir ses textes et c'est là, certainement, le handicap le plus sérieux de sa production mélodique. Dans les mélodies composées avant 1870 les accompagnements usent encore de formules conventionnelles mais celles-ci sont rehaussées souvent par le jeu des meMations. Dominique Cornil met en valeur ces parties de piano sans déséquilibrer le rapport de la voix et du clavier

Jean Roy

TECHNIQUE C.D. : 8

Enregistrement très précis et transparent. A ne pas écouter trop fort.





Paris-Opera, avril 1990


Jean-Jacques ROTH


LUDOVIC DE SAN

intégrales des mélodies de Franck Dominique Cornil, piano


1 CD Duchesne 71

522

Distribution Harmonie


CAMILLE MAURANE

Mélodies de Fauré

Pierre Maillard-Verger,

piano


1 CD XCP 5001

Montpellier



FRANCIS DUDZIAK

Mélodies de Wiener

Jean-Bernard Dartigolles,

piano

1 CD Accord 200652 MU

750

Distribution Musidisc




César Franck n'a laissé que seize mélodies composées tout au long de sa carrière. On n'en connaissait, au mieux, que trois ou quatre et ce premier enregistrement de l'intégrale montre que celles que l'on ignorait ne sont pas inférieures aux plus célèbres. Chacune porte la marque d'une véritable inspiration, preuve, s'ill en-fallait une, que Franck ne pouvait rien écrire d'insignifiant. Les textes choisis possèdent dans l'ensemble une meilleure tenue que ceux nus en musique par Massenet ou Fauré, par exemple, et de la prosodie, un sens aigu des modulations expressives, concourent à en intensifier le sens ; d'autant que la forme musicale suit de très près la structuré dramatique du poème et ne se contente pas d'un simple parallélisme de coupe.

On est saisi par le souffle qui sous-tend la ballade de Horian, Robin Gray, ou Souvenance sur le célèbre poème de Chateaubriand (Combien j'ai douce souvenance), deux mélodies composées vers 1842/ 1843, par un musicien d'une vingtaine d'années déjà en pleine possession de ses moyens et de son style, en ce sens qu'il ne craint pas de moduler beaucoup, sûr de se retrouver toujours où il veut. A ce point de vue, il anticipe nettement sur Fauré et si, dans le célèbre Nocturne (1884), l'équilibre singulier entre la mélodie très dépouillée et un accompagnement extrêmement recherché (évoquant sans doute l'insondable mystère de la nuit) peut sembler appartenir au style de l'époque, on découvre, grâce à cette intégrale, que Franck poursuit seulement sa voie personnelle. D'autre part, à propos des cinq premières mélodies, composées au début des années quarante, on peut affirmer, sans grand risque d'être démenti, qu'elles tranchent complètement par la tenue et l'originalité mélodique, par la richesse de l'accompagnement, avec ce qui s'écrivait alors en France, Berlioz excepté et Gounod avec qui le jeune Franck présente des affinités, ce que ses thuriféraires tenteront par la suite de faire oublier.

Ludovic de San, qui a pris l'initiative de cette intégrale (pour laquelle il a utilisé le manuscrit original des dix premières, car les éditions sont fautives) possède une agréable voix de baryton, un peu inégale parfois mais qu'il sait toujours rendre expressive et éloquente grâce à une foule de nuances et une gamme de couleurs étendue. Il a le souci rare de varier la diction des refrains et, dans l'ensemble, sa prononciation est impeccable. Dominique Cornil est une partenaire plus qu'une accompagnatrice tant la partie de piano a d'importance dans ces mélodies ; l'équilibre entre les deux artistes est idéal et révèle une entente musicale profonde.

C'est cette même entente absolue qu'on retrouve dans les mélodies de Fauré enregistrées en 1959 (on ne nous dit ni où ni dans quelles circonstances) par Camille Maurane, interprété exemplaire de la mélodie française et ce grand musicien que fut Pierre Maillard-Verger. Les vingt et une mélodies choisies comptent parmi les plus justement célèbres de Fauré, mais ceux qui les auraient déjà en discothèque par d'autres interprètes les redécouvriront ici dans cette simplicité absolue, cette absence d'afféterie, cet « allant » qui caractérisent l'art de Camille Maurane. JeanMichel Nectoux, dans sa récente biographie de Fauré, ne manque pas de le citer, avec Souzay et Kruysen, parmi les derniers dépositaires d'une tradition menacée.

Francis Dudziak fut l'élève de Camille Maurane au Conservatoire, puis de Peter Gottlieb, et cela se sent. Les Chante-fables et les Chantefleurs de Jean Wiener qu'il nous fait découvrir, se situent dans la lignée des Histoires naturelles de Ravel. L'humour en musique est une chose très difficile ; l'écriture de Wiener respecte la poésie de Robert Desnos avec une rare justesse ; cependant, par la force des choses, elle ne peut s'empêcher d'en alourdir un peu l'ironie, les jeux de mots ou la feinte naïveté. Ces deux recueils comptent quatre-vingts mélodies et, peut-être une sélection des plus saillantes (une sur trois?) aurait é , té préférable car beaucoup laissent une impression plutôt mitigée. L'interprétation n'est pas en cause, elle est excellente, et la prise de son lui confère un relief saisissant. Heureuse idée néanmoins de sortir des sentiers battus en rendant hommage à un compositeur injustement sous-estimé.


Gérard CONDE






Vers l'Avenir, avril 1990


Cathédrale Saint-Michel à Bruxelles : la passion selon saint Matthieu



Comme le souligne l'abbé Jacques Michiels: l'an dernier, l'incertitude planait encore sur la restauration de la cathédrale ( .. ). Cette fois, c'est fait : la nef et ses bas-côtés, le transept sont réouverts et c'est une découverte pour les yeux et les coeurs. Désormais l'espace est libre pour faire résonner la musique...

C'est donc ce nouvel espace religieux et culturel que l'A.S.B.L. e la « Renaissance de orgue » a choisi afin de nous y présenter la Matthäus Passion, de J.S. Bach, dont les interprètes seront Marie-Noëlle de Callatay, soprano, Peter Ickx, altus, Zeger Vandersteene, ténor, Ludovic de San, Baryton, et Dirk Schortemeir, basse. Citons aussi la Chorale universitaire de Liège, le Meisjeskoor St-Bavohumaniora, des membres du Gentse Oratoriumvereniging et l'orchestre de chambre « Camerata Leodiensis ». La direction de l'ensemble est confiée à Hubert Schoonbroodt, qui n'a pas choisi la voie la plus facile en nous proposant la Passion dans son intégralité.

Ce que nous avons le plus admiré dans l'interprétation qui nous fut proposée jeudi soir, est là lente gradation pathétique, la tension grandissante vers le dénouement du drame qui se joue sous nos yeux. Hubert Schoonbroodt, les solistes, les choeurs et les musiciens nous ont pris par la main et ont su nous em- mener lentement, mais fermement, vers des sommets d'émotion intense. S'il faut réunir tous les musiciens sous les mêmes éloges pour une performance de plus de trois heures, nous soulignerons plus particulièrement la justesse des choeurs, malgré quelques attaques parfois hésitantes, la prestation d'ensemble de l'orchestre et tout se Item ent le continuo et les instrumentistes qui se sont montré à la hauteur dans la diversité des accompagnements des chanteurs. Quant (ces derniers, nous avons retrouvé avec plaisir le très joli timbre de Marie-Noëlle de Callatay et un tout bon Ludovic de San. Zeger Vandersteene eut des moments admirables, Peter Ickx ne nous a pas vraiment convaincu et Dirk Schortemeir compensa son manque de puissance par une belle voix chaude.

La Passion n'est pas un monolithe de granit inébranlable comme un oratorio de Haendel par exemple, mais plutôt un édifice qui se construit à l'aide de 78 pierres qui ont chacune leur beauté propre et dont le seul ciment est l'humilité d'une musique écrite pour l'éternité.


Le dernier métro


Il n'y a rien de plus énervant que de voir, au fur et à mesure que la soirée s'écoule, de soi-di- sant mélomanes quitter les lieux avec le souci de ne pas manquer le dernier métro ; on peut les comprendre, non les excuser. Les organisateurs auraient peut-être pu commencer une heure plus tôt.


Sy. S.




Annevoie 24 août 1990


Éte Mosan : d'une Truite a l'autre pour un double anniversaire à Annevoie


L'Eté Mosan poursuit son offensive de charme. La séduction du troisième concert-contact de l'Abbaye de Brogne. la semaine dernière. - Élvard et le surréalisme une première donnée par le trio international - Carré Nazarian, Gogniat hg d'une qualité rare. Entre des morceaux de Poulenc. Ibert, Honegger. ou Varèse délicieusement joués par Pierfe-Aram Nazarian. flûte traversière et Gilles Gogniat, guitare. Alain Carré, interpellant directement chaque spectateur avec un humour. une intelligence d'une efficacité absolue. restitua toute la magie de mots et d'images de poèmes de Tzara, Queneau. Elvard. Artaud, F.G. Lorca, ou encore de Dali...

La manifestation de samedi après-midi. s'étant donnée à l'église d'Annevoie en raison du mauvais temps et non dans la cour du château. notre petit Versailles mosan, lut délicieusement chaleureux. et musicalement savoureux.

Ludovic de Son. directeur artistique du festival, accueillait Liliane Becker, pour le dixième anniversaire de son émission célèbre - Les petits concerts du samedi -. avec un programme Schubert diffusé en direct sur radio 3.

On savoure tout d'abord. comme un plaisir de fin gourmet. le horsd'oeuvre raffiné de ce repas musical d'anniversaire (qui était aussi celui de Liliane Becker elle-même). la sonate en un mouvement. Couvre de jeunesse de Schubert, interprétée avec une bene ardeur générale par Doria Ouziel. l'une des pianistes les plus judicieusement sonores. el sensiblement enjouées qu'on puisse entendre. le violoniste Jerrold Rubenstein et le violoncelliste Edmond Baert. qui apportèrent à ce Schubert juvénile. une - carrure impressionnante.

Très harmonieusement associés à l'altiste Cris Van Severen. et au contrebassiste Maurice Aerts. ces remarquables instrumentistes donnèrent, en fin de concert, une version tout à fait exaltante. éblouissante de l'intense. vibrant, heureux «Quintette - La Truite » dont la truculence expressive avait été annoncée. avec beaucoup de talent. par le baryton-basse Ludovic de San, à l'aise comme un poisson dans l'eau. dans l'illustre lied de Schubert.

Avant l'interruption, L. de San. de son timbre souple et racé se faisant délicieusement velours, avait merveilleusement servi six lieder, superbement évocateurs. du maître incontesté du genre. On y apprécia tout autant la délicatesse ondoyante de « Auf Dem Wassen zu Singen », l'ampleur expressive. colorée de «Ganymed ». la fantaisie bon enfant et élégante du populaire «Heidenröslein » ou encore le phrasé distingué de l'interprète dans « lm Grünen ».

Comme il se devait, un impressionnant montage de profiteroles et un « happy Birth Day » du public servirent d'agréable conclusion à ce concert qui fut un régal d'un bout à l'autre..

Michel N'Diay





COMPACT


septembre 1990


FRANCK César

(1822-1890)

Intégrale des Mélodies

Ludovvic de San (baryton); Dominique Cornil (piano)

Durée: 1 h 06 s. Enr.: 1990. DDD

Duchesne CD 71522

(Harmonie Distribution)


César Franck figure rarement au palmarès des mélodistes français. Cet enregistrement, qui réunit pour la première fois à notre connaissance l'intégrale de ses mélodies (16 seulement, il est vrai) vient lui rendre justice. On y trouve ---toutes proportions gardées- la même richesse harmonique, le même sens de l'architecture, le même élan, la même poésie que dans son oeuvre purelient instrumentale. L'invention du compositeur est d'autant plus marquante qu'elle s appuie généralement sur des textes relativement faibles (mis à part quelques rares poemes signés Chateaubriand, Musset et Hugo), Mais Franck excelle à créer des climais. à évoquer des étais d'âme à faire chanter divinement les mots. On retiendra !out particulièrement «I'Ange et l'Enfant", l'audacieux "Vase brisé", le 'Nocturne' infiniment poétique, et la sublime 'Procession", ultime mélodie de Franck.

Franck trouve ici deux interprètes à la mesure de sa poésie. Ludovic de San et Dominique Cornil servent ces mélodies avec conviction et raffinement. Et une parfaite connaissance des subtilités de 'Papa Franck".


Odile Martin

Conclusion : une facette méconnue de César Franck et du répertoire des mélodies françaises, pas essentielle mais belle.

Technique : le piano sonne clair. un peu resonant présent quant au timbre mais réverberé. La voix, équilibrée en timbre semble curieusement pas tout à fait dans la même acoustique. 16 piages.

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